French

From Buddha-Nature
रत्नगोत्रविभाग महायानोत्तरतन्त्रशास्त्र
Ratnagotravibhāga Mahāyānottaratantraśāstra
ཐེག་པ་ཆེན་པོ་རྒྱུད་བླ་མའི་བསྟན་བཅོས།
theg pa chen po rgyud bla ma'i bstan bcos
究竟一乘寶性論
jiu jing yi cheng bao xing lun
Traité de la Continuité suprême du Grand Véhicule
The Treatise on the Ultimate Continuum of the Mahāyāna
D4024  ·  001 T1,611
SOURCE TEXT


The French translation below was published as Traité de la Continuité suprême du Grand Véhicule: Mahāyānottaratantraśāstra, avec le commentaire de Jamgön Kongtrul Lodreu Thayé L'Incontestable Rugissement du lion. Plazac: Éditions Padmakara, 2019. This new translation of the famed Gyu Lama, or Ratnagotravibhāga Mahāyānottaratantraśāstra, represents a major step forward in providing access to key Buddhist literature for Francophones. The book includes a translation of the whole text with commentary by the nineteenth-century Tibetan master Jamgon Kongtrul and has a full bibliography, notes, glossaries and appendixes covering the key Buddhist source texts and an outline of the Tibetan commentary, as well as specialized indexes.

Translated by Christian Charrier and Patrick Carré. Plazac: Éditions Padmakara, 2019.

Traité de la Continuité suprême du Grand Véhicule

En sanskrit : Mahāyāna-uttara-tantra-śāstra.
En tibétain : Theg pa chen po’i rgyud bla ma’i bstan bcos.
En français : Traité de la Continuité suprême du Grand Véhicule.


Hommage à tous les bouddhas et les bodhisattvas !


Le Bouddha, le Dharma, la Communauté, l’Élément, l’Éveil,
Les qualités et, enfin, les activités éveillées
Le corps du traité tout entier se ramène
À ces sept points de vajra. (I, 1)


On connaîtra ces sept points selon leurs caractéristiques propres
Et dans le même ordre. Les trois premiers viennent
De l’introduction du Soûtra du Roi Dhāraṇīśvara
Et les quatre derniers de la classification
des qualités des Vainqueurs et des sages. (I, 2)


Du Bouddha vient le Dharma et du Dharma
la Communauté des êtres sublimes.
De la Communauté vient l’obtention de la quintessence,
l’Élément de la sagesse primordiale.
Enfin, l’obtention de cette sagesse est l’Éveil suprême doté des forces
Et des autres qualités utiles au bien de tous les êtres. (I, 3)


À celui qui, de lui-même, s’est éveillé à la paisible bouddhéité
dépourvue de commencement, de milieu et de fin,
Qui, pleinement éveillé, montre la voie indestructible et éternelle
pour que les non-réalisés se réalisent,
Qui brandit le vajra suprême, l’épée de la sagesse et de la compassion,
et tranche les pousses de la souffrance.
À lui qui abat le mur des doutes cerné par la jungle des vues,
je rends hommage. (I, 4)


La bouddhéité est inconditionnée, spontanée,
Réalisée sans conditions étrangères,
Pourvue de sagesse, de compassion et de puissance,
Ainsi que des deux bienfaits. (I, 5)


Comme par nature elle n’a ni commencement,
Ni milieu, ni fin, elle est incomposée.
Douée de la paix du corps absolu,
On la dit spontanée. (I, 6)


Sa réalisation ne dépend pas de conditions étrangères
Car chacun la réalise par soi-même.
En raison de ces trois réalisations, elle est sagesse ;
Comme elle montre la voie, elle est compassion. (I, 7)


Elle est puissance parce que la sagesse et la compassion
Éliminent les souffrances et les affections.
Les trois premières qualités représentent le bien propre,
Et les trois dernières le bien d’autrui. (I, 8)


À ce qui n’est ni inexistant, ni existant, ni existant et inexistant,
ni autre qu’existant et inexistant,
Qui est impossible à analyser, indéfinissable,
connu par l’expérience personnelle, en paix,
Immaculé, rayonnant de la lumière de la sagesse primordiale,
Et qui, pour tout objet perçu, détruit l’attachement,
l’aversion et la taie [de l’ignorance]
Au soleil du vrai Dharma, je rends hommage. (I. 9)


Inconcevable, libre de deux [voiles] et de la pensée,
Le Dharma est pureté, clarté et antidote.
Libre de l’attachement dont il délivre,
Il a pour caractéristiques les deux vérités. (I, 10)


La libération de l’attachement se ramène
Aux vérités de la cessation et de la voie.
On saura que dans cet ordre
Chacune possède trois qualités. (I, 11)


Non analysable, inexprimable,
Connu des [seuls] êtres sublimes, il est inconcevable.
Paix, il est libre des deux [voiles] et de la pensée ;
Sa pureté et ses deux autres qualités l’assimilent au soleil. (I, 12)


Comme l’esprit est par nature luminosité, ils voient
que les affections n’ont pas d’essence,
Si bien qu’ils réalisent correctement la paix,
l’inexistence ultime du soi de tous les êtres.
À ceux qui voient la présence en tous de la bouddhéité parfaite
car ils ont une intelligence libre de voiles ;
À ceux dont la vision de sagesse a pour objet
la pureté et l’infinité des êtres, je rends hommage. (I, 13)


Comme le regard de leur sagesse intérieure
Sur l’essence des choses et leur diversité est pur,
L’assemblée des sages qui ne régressent plus
Possède d’insurpassables qualités. (I, 14)


Avec la réalisation de la vraie nature
Paisible des êtres, ils [connaissent] l’essence des choses.
La nature [de l’esprit] étant totalement pure,
Les affections y sont épuisées dès l’origine. (I, 15)


Avec l’intelligence qui réalise l’état ultime des phénomènes,
[Ils connaissent] la diversité parce qu’ils voient
L’omnisciente essence du réel
Présente en tous les êtres. (I, 16)


Cette réalisation est la vision
Que chacun connaît par soi-même.
Elle est pure parce que, dans l’immensité immaculée,
Il n’y a pas d’attachement ni d’obstacles (I, 17)


Comme leur vision de sagesse est pure
Et [proche de] l’insurpassable sagesse des bouddhas,
Les êtres sublimes qui ne régressent plus
Sont des refuges pour tous les êtres vivants. (I, 18)


On a instauré le triple refuge en considération
Du maître, de l’enseignement et des disciples,
Du point de vue des adeptes des trois véhicules
Et des aspirations aux trois activités. (I, 19)


Ni le Dharma sous ses deux aspects ni la sublime assemblée
Ne sont de suprêmes refuges promis à durer.
L’un parce qu’il faudra le laisser derrière soi,
parce qu’il est trompeur et qu’il n’existe pas ;
Et l’autre parce qu’on y trouve encore de la peur. (I, 20)


Au sens le plus sacré, les êtres
N’ont qu’un seul refuge : le Bouddha,
Car le Sage a pour corps le Dharma
Et qu’il est le but ultime de la Communauté. (I, 21)


Les « Joyaux » sont ainsi nommés
Pour leur rareté, leur pureté et leurs pouvoirs,
Parce qu’ils sont les ornements du monde
Et parce qu’ils sont suprêmes et immuables. (I, 22)


De l’ainsité avec et sans souillures,
Des qualités immaculées des bouddhas
et de leurs activités de Vainqueurs
Émergent les Trois Joyaux de vertu,
L’objet même de ceux qui voient la vérité absolue. (I, 23)


La filiation spirituelle des Trois Joyaux
Est l’objet de ceux qui voient tout.
Les quatre points sont inconcevables
Pour quatre raisons. Respectivement : (I, 24)


Parce que [l’Élément] est pur mais encore associé aux affections ;
Parce que [l’Éveil] est dépourvu de souillures et pourtant purifié ;
Parce que les qualités ne sont pas séparées [de l’essence du réel] ;
Et parce que les [activités] spontanées ne recourent pas à la pensée. (I, 25)


L’objet de la réalisation, la réalisation,
Ses attributs et ce qui amène à la réalisation
De ces quatre points, le premier est la cause
De la purification et les trois autres ses conditions. (I, 26)


I - LA QUINTESSENCE DES TATHĀGATAS

Comme le corps des parfaits bouddhas rayonne,
Que l’ainsité est indifférenciée,
Et que la filiation spirituelle existe,
Tous les êtres sont toujours porteurs de la quintessence des bouddhas.
(I, 27)


Comme la sagesse des bouddhas imprègne la multitude des êtres,
Que sa nature immaculée est non duelle
Et que la filiation spirituelle des bouddhas est une métaphore du fruit,
Il est enseigné que tous les êtres sont porteurs
de la quintessence des bouddhas. (I, 28)


L’essence, la cause, le fruit, la fonction,
La dotation, la manifestation, les états et l’omniprésence,
L’immutabilité perpétuelle et les indissociables qualités
Voilà les points qui permettent de comprendre la dimension absolue.
(I, 29)


Pure comme un joyau, comme l’espace ou comme l’eau,
Sa nature demeure à jamais libre des affections.
Elle émerge de l’aspiration au Dharma, de la connaissance supérieure,
Du recueillement et de la compassion. (I, 30)


Comme elle est puissante, immuable,
Et de nature humide,
Elle est analogue
Au précieux joyau, à l’espace et à l’eau. (I, 31)


L’aversion pour le Dharma et la vue du soi,
La peur des souffrances du saṃsāra
Et l’indifférence au bien des êtres
Sont respectivement les voiles des hédonistes,
Des hétérodoxes, des auditeurs et des [bouddhas] nés d’eux-mêmes.
L’aspiration supérieure et les trois autres qualités
Sont alors les causes de leur purification. (I, 32-33)


Ceux qui ont eu pour graine l’aspiration au véhicule suprême,
Pour mère la connaissance qui produit les qualités des bouddhas,
Pour matrice la félicité de la concentration,
et pour nourrice la compassion,
Ceux-là sont assurément les enfants et les successeurs des Sages. (I, 34)


Le fruit est la perfection transcendante des qualités
De pureté, de soi, de félicité et de permanence.
Il a pour fonction le dégoût de la souffrance,
L’aspiration à la paix et le vœu de l’atteindre. (I, 35)


En résumé, le fruit de ces [quatre causes]
Consiste en ces antidotes qui s’opposent
Aux quatre types de méprises
Relatives au corps absolu. (I, 36)


[Le corps absolu] est pureté parce qu’il est pur par nature
Et qu’il n’a plus d’imprégnations karmiques.
Il est le vrai soi parce que les élaborations
Du soi et du sans-soi y sont apaisées. (I, 37)


Il est félicité parce qu’il a renoncé aux agrégats
De nature mentale et à leurs causes.
Il est permanence parce qu’il réalise
L’égalité du saṃsāra et du nirvāṇa. (I, 38)


Les compatissants ont coupé sans reste la soif du soi
avec la connaissance transcendante ;
Et comme ils ont soif des êtres vivants, ils ne consomment pas la paix.
Avec l’intelligence et la compassion pour méthodes d’Éveil,
Les êtres sublimes ne se tiennent ni dans le saṃsāra ni dans le nirvāṇa.
(I, 39)


Si nous n’avions pas d’élément de bouddha,
Nous ne nous lasserions pas de souffrir
Et ne voudrions pas d’un nirvāṇa
Qui ne nous inspirerait ni intérêt ni désir. (I, 40)


Le fait de voir que le saṃsāra a pour défaut la souffrance
Et que le nirvāṇa a pour qualité le bonheur
Est dû à la présence de la filiation spirituelle –
Ce n’est pas le cas chez ceux qui en sont dépourvus. (I, 41)


Source inépuisable de joyaux aux qualités infinies,
[L’Élément] ressemble au Grand Océan.
On le compare aussi à une lampe car, en essence,
Il possède d’indissociables qualités. (I, 42)


Comme [cet Élément] inclut les domaines du corps absolu,
De la sagesse des Vainqueurs et de la compassion,
L’enseignement le compare à l’Océan
Sous le rapport du réceptacle, des joyaux et de l’eau. (I, 43)


Dans la base immaculée, les connaissances extraordinaires,
La sagesse primordiale et l’absence de souillures
sont indissociables de l’ainsité.
Voilà autant de qualités qui correspondent à celles d’une lampe –
La lumière, la chaleur et les couleurs. (I, 44)


Comme l’ainsité se manifeste différemment
Chez les êtres ordinaires, les êtres sublimes
Et les parfaits bouddhas, Celui qui voit le réel
Montre aux êtres leur essence de Vainqueurs. (I, 45)


Les êtres ordinaires sont dans l’erreur ;
Ceux qui voient les vérités s’en détournent ;
Et les tathāgatas sont tels quels,
Dégagés de l’erreur et des élaborations conceptuelles. (I, 46)


Les [états] impur, impur et pur, et très pur
Sont respectivement appelés
« Être ordinaire », « bodhisattva »,
Et « tathāgata ». (I, 47)


On ramène l’Élément à son essence
Et aux cinq autres points
Pour l’enseigner en fonction
Des trois états et de leurs trois noms. (I, 48)


De même que l’espace qui a pour essence
De ne pas penser se répand en tout lieu,
De même, la nature de l’esprit est omniprésente
Comme l’immensité immaculée. (I, 49)


Ce caractère général imprègne
Les défauts, les qualités et l’ultime,
À l’image de l’espace [qui pénètre] toute forme
Inférieure, moyenne ou supérieure. (I, 50)


Vu le caractère adventice de ses défauts
Et le caractère naturel de ses qualités,
Telle elle était, telle elle sera
L’essence du réel est immuable. (I, 51)


De même que, du fait de sa subtilité,
Rien ne peut souiller l’espace omniprésent,
Rien ne peut souiller cette présence
En tous et en chaque être. (I, 52)


De même que tous les mondes
Naissent et meurent dans l’espace,
De même les facultés des sens naissent
Et meurent dans l’immensité inconditionnée. (I, 53)


Tout comme, jusqu’à ce jour,
Aucun feu n’a jamais consumé l’espace,
Cette [essence] ne se consume pas aux feux
De la mort, de la maladie et de la vieillesse. (I, 54)


La terre s’étend sur l’eau et l’eau sur le vent ;
Le vent [s’étend] dans l’espace, mais l’espace
Ne repose pas sur les éléments vent
Ou eau, ni sur l’élément terre. (I, 55)


Les agrégats, les domaines et les sens
Reposent sur les actes et les affections ;
Les actes et les affections reposent
Toujours sur les activités erronées du mental. (I, 56)


Les activités erronées du mental reposent
Elles-mêmes sur la pureté de l’esprit,
Mais la nature de l’esprit
Ne repose sur aucun de ces phénomènes. (I, 57)


Sachez que les agrégats, les domaines et les sources
Sont semblables à l’élément terre.
Sachez aussi que les actes et les affections des êtres
Évoquent l’élément eau. (I, 58)


Considérez les activités erronées du mental
Comme l’élément vent. Quant à la nature
[De l’esprit], elle n’a pas de fondement
Et ne repose sur rien, comme l’élément espace. (I, 59)


Les activités erronées du mental
Reposent sur la nature de l’esprit ;
Des activités erronées du mental
Procèdent les actes et les affections. (I, 60)


De l’eau des actes et des affections
Émergent les agrégats, les domaines et les sources
Qui apparaissent et disparaissent comme
[Les mondes] qui naissent et se détruisent. (I, 61)


Pareille au domaine de l’espace, la nature
De l’esprit n’a ni cause ni condition
Et n’est pas une combinaison ; elle n’a pas non plus
De naissance, de cessation et de durée. (I, 62)


La nature de l’esprit, qui est luminosité,
Est immuable comme l’espace.
Nées d’idées fausses, les souillures adventices
Comme l’attachement ne l’affecteront jamais. (I, 63)


L’eau des affections et des actes
Ne saurait la produire, guère plus
Que ne sauraient la consumer les feux insupportables
De la maladie, de la vieillesse et de la mort. (I, 64)


Les feux de la mort, de la maladie
Et de la vieillesse sont respectivement
Comparables au feu de la fin des temps,
Au feu des enfers et au feu ordinaire. (I, 65)


Les sages [bodhisattvas] qui ont correctement réalisé
la nature [de l’Élément]
Sont libres de la naissance, de la mort, de la maladie et de la vieillesse.
Or, même libres de toute adversité, et en raison de cela même,
Ils manifestent la naissance et le reste par compassion pour les êtres. (I, 66)


Les sublimes [bodhisattvas] ont dissipé les souffrances
De la mort, de la maladie et de la vieillesse.
La naissance dérivant des affections et des actes
N’est plus et ses suites ne seront point. (I, 67)


Comme ils voient tel quel et correctement,
Ils dépassent la naissance et ses suites,
Mais comme ils incarnent la compassion,
Ils se montrent naissants, malades, vieux et morts. (I, 68)


Les enfants des Vainqueurs ont réalisé l’immuable essence du réel,
Mais ceux que l’ignorance aveugle
Les voient [toujours] naître, vieillir, tomber malades et mourir
N’y a-t-il pas là quelque étonnante merveille ? (I, 69)


Ils ont atteint la sphère des êtres sublimes
Mais se montrent dans la sphère des êtres puérils.
C’est bien pourquoi les méthodes et la compassion
De ces amis des êtres sont suprêmes. (I, 70)


Ils ont dépassé tous les mondes
Mais ne quittent pas le monde ;
Ils œuvrent pour le monde dans le monde
Sans que les impuretés du monde les souillent. (I, 71)


De même que le lotus qui naît dans l’eau
N’est pas souillé par l’eau,
De même naissent-ils dans le monde
Sans que les choses du monde les souillent. (I, 72)


Pour accomplir leur tâche, leur intelligence
Brûle comme un feu qui brûle constamment,
Mais ils restent constamment absorbés
Dans la paix de la concentration. (I, 73)


Sur l’élan de leurs efforts antérieurs
Et affranchis de toute pensée,
Ils font mûrir les êtres
Sans exercer le moindre effort. (I, 74)


Ils savent précisément qui aider,
Comment et par quels moyens,
Que ce soit avec des enseignements, des corps formels,
Des actes altruistes ou certains comportements. (I, 75)


Ainsi, dans les mondes infinis comme l’espace,
Ces êtres intelligents s’engagent toujours correctement
À accomplir le bien des êtres de façon spontanée
Sans jamais rencontrer d’obstacles. (I, 76)


Les êtres ordinaires ne voient pas de différence
Entre la façon de libérer les êtres
Propre aux tathāgatas et celle
Des bodhisattvas en post-méditation. (I, 77)


Et pourtant, il y a la même différence
Entre les bodhisattvas et les bouddhas
Qu’entre une poussière et la terre toute entière
Ou entre l’eau d’une empreinte de sabot et l’océan. (I, 78)


[Le corps absolu] est immuable puisqu’il possède
d’inépuisables qualités ;
C’est un refuge pour les êtres puisqu’il persiste sans limite future ;
Il est toujours non duel puisqu’il ne pense pas ;
Et c’est aussi une réalité indestructible puisque sa nature est incréée.
(I, 79)


Il ne naît pas, ne meurt pas,
Ne souffre pas, ne vieillit pas,
Parce qu’il est permanent, stable,
Paisible et éternel. (I, 80)


Il ne naît pas dans un corps de nature mentale
Puisqu’il est permanent ;
Il ne meurt pas d’une mort aux inconcevables métamorphoses
Puisqu’il est stable ; (I, 81)


Il ne souffre pas des maux résultant des imprégnations subtiles
Puisqu’il est paisible ;
Il ne vieillit pas sous l’effet des formations non contaminées
Puisqu’il est éternel. (I, 82)


En associant les vers correspondants
Des strophes précédentes, on connaîtra le sens
De la permanence, de la stabilité, de la paix et de l’éternité
De l’immensité inconditionnée. (I, 83)


La permanence, c’est l’immutabilité,
Puisque [le corps absolu] possède d’inépuisables qualités.
La stabilité, c’est une nature de refuge,
Puisqu’il a la même limite [que le saṃsāra]. (I, 84)


La paix, c’est la non duelle essence du réel,
Puisqu’il a pour nature de ne pas penser.
L’éternité, c’est l’indestructibilité,
Puisqu’il n’a pas de qualités artificielles. (I, 85)


Voici le corps absolu, le tathāgata,
Les vérités des êtres sublimes et l’absolu nirvāṇa.
Inséparable de ses qualités comme le soleil de ses rayons,
Il n’est de nirvāṇa que la bouddhéité. (I, 86)


En bref, sachez que comme on peut approcher le sens
De l’immensité non contaminée sous quatre angles,
Le « corps absolu » et les trois autres termes ci-dessus
Sont de simples synonymes. (I, 87)


[L’immensité non contaminée], c’est la bouddhéité
indissociable de ses qualités,
La filiation obtenue telle quelle,
L’essence du réel qui ne ment ni ne trompe
Et la paix naturelle des origines. (I, 88)


Éveil manifeste et parfait à toutes choses
Et élimination des souillures avec leurs imprégnations –
Le bouddha et le nirvāṇa
Au sens sacré ne sont pas deux. (I, 89)


La libération a pour caractéristique
D’être inséparable de ses qualités – complètes,
Innombrables, inconcevables et immaculées.
Cette libération est le tathāgata. (I, 90)


Imaginez des peintres aux talents différents
Qui ne savent représenter de parties du corps
que celles qu’ils connaissent.
Le maître du royaume leur offre une toile
« Travaillez ensemble, dit-il, et faites mon portrait ! »
À cet ordre, ils se mettent à l’ouvrage mais l’un d’eux
Doit soudain se rendre à l’étranger.
Celui-là disparu, il sera impossible d’achever le tableau
dans toutes ses parties.
Fin de la parabole. (I, 91-94)


Qui sont ces peintres ? La générosité
La discipline, la patience et les autres vertus.
[Le portrait] est une forme donnée
À la vacuité en tout suprême. (I, 95)


La connaissance, la sagesse et la libération
Éclairent, rayonnent et purifient
Sans se séparer [du corps absolu] ;
On les compare à la lumière du soleil, à ses rayons et à son orbe. (I, 96)


Par conséquent, on n’atteint pas le nirvāṇa
Sans atteindre la bouddhéité,
De même qu’on ne peut voir le soleil
Sans sa lumière et ses rayons. (I, 97)


Voilà donc les dix points qui définissent
La quintessence des Vainqueurs.
Il s’impose maintenant d’en reconnaître la présence
Dans l’enveloppe des affections en s’aidant de comparaisons. (I, 98)


Comme un bouddha dans un lotus flétri, le miel au milieu des abeilles,
Le grain dans la balle, l’or dans les immondices,
Un trésor enterré, le germe [d’un grand arbre né] d’un petit fruit,
Une statue de bouddha dans des haillons, (I, 99)


Un maître des hommes dans le ventre d’une pauvresse,
Ou encore comme une précieuse image dans l’argile [du moule]
Cet Élément ainsi présent dans les êtres est voilé
Par les souillures adventices des affections. (I, 100)


Le lotus, les insectes, la balle du grain, les immondices,
la terre, le fruit et les haillons,
De même que la femme tourmentée par les flammes
de la souffrance et l’argile, représentent les souillures,
Tandis que le bouddha, le miel, le grain, l’or,
le trésor, le banian, l’image,
Le maître suprême des continents et la statue en or
représentent l’Élément sublime et immaculé. (I, 101)


Dans un lotus aux couleurs défraîchies se trouve
Un tathāgata rayonnant de mille marques.
Un homme qui a purifié l’œil divin le voit
Et l’extrait de la corolle fanée du lotus. (I, 102)


De même, avec son œil de bouddha, le Bien-Allé voit aussi
Sa propre nature chez les êtres de l’enfer des Tourments Insurpassables.
Compassion incarnée, libre des voiles,
il restera jusqu’à la fin des temps
Pour libérer les êtres des voiles qui les obscurcissent. (I, 103)


L’œil divin qui voit un bouddha enfermé dans un lotus immonde
Arrache les pétales de la fleur.
De même, le sage qui voit dans chaque être la quintessence
des parfaits bouddhas enfermée dans les souillures
de l’attachement, de la haine et des autres poisons
Élimine ces voiles par compassion. (I, 104)


Voyant que le miel qu’il convoite
Est cerné par les abeilles,
L’homme ingénieux exercera son habileté
En détachant le miel des insectes. (I, 105)


Le grand ermite, qui voit d’un œil omniscient
L’Élément de connaissance comparable au miel,
N’a de cesse que d’éliminer à jamais
Les voiles ici comparés à des abeilles. (I, 106)


L’homme qui convoite le miel caché sous des abeilles par millions
Disperse les insectes et dispose du miel à sa guise.
De même, la connaissance non contaminée présente en chaque être
est comparable au miel ;
Les affections aux abeilles ; et le Vainqueur habile à les détruire
à cet homme. (I, 107)


Le grain dans la balle n’est pas
Utilisable par l’homme.
Pour s’en nourrir il faut
L’extraire de la balle. (I, 108)


De même, tant que le Vainqueur présent en chaque être,
Mêlé cependant à la souillure des affections,
N’aura pas été libéré de cette promiscuité
avec la souillure des affections,
Les Vainqueurs n’exerceront leurs activités
dans aucun des trois mondes. (I, 109)


De même que les grains de riz, de blé noir ou d’orge
encore dans la balle, et avec leurs barbes,
Ne peuvent rien donner de bon à manger
s’ils ne sont pas bien préparés,
Le seigneur des qualités, présent en chaque être,
emprisonné toutefois dans la gangue des affections,
Ne peut offrir la saveur des plaisirs du Dharma à des êtres
tenaillés par la faim des affections. (I, 110)


Un voyageur laissa tomber
Son or dans les immondices
Mais, en raison de sa nature inaltérable,
L’or resta intact pendant des siècles, (I, 111)


Jusqu’à ce qu’un dieu à l’œil pur
L’aperçoive et dise à un être humain
« Il y a ici de l’or, le plus précieux des joyaux.
Purifiez-le et faites-en tout ce que l’on fait avec les précieux joyaux ! »
(I, 112)


De même, voyant la qualité des êtres enfouie
Dans les immondices des affections,
Le sage fait sur tous les êtres tomber les pluies
Du vrai Dharma pour les laver de la boue des affections. (I, 113)


Le dieu qui a décelé l’or tombé dans les immondices
en montre avec insistance
La sublime beauté à un être humain pour qu’il le nettoie parfaitement.
De même, voyant en chaque être le joyau de la bouddhéité parfaite
tombé dans les grandes immondices des affections,
Le Vainqueur enseigne le Dharma aux êtres
pour qu’ils purifient cette [quintessence]. (I, 114)


Sous la maison d’un pauvre
Est enfoui un trésor inépuisable.
Le pauvre homme l’ignore et le trésor
Ne lui dit pas où il se trouve. (I, 115)


De même, l’esprit recèle le précieux trésor immaculé
De l’essence du réel sans ajout ni retrait.
Ne l’ayant pas compris, les êtres subissent constamment
Les souffrances de la pauvreté sous maintes formes. (I, 116)


Le trésor enfoui sous la maison du pauvre ne peut pas
Lui dire sa présence – que le malheureux continue d’ignorer.
De même, le trésor du réel se cache dans la maison de l’esprit des êtres
comme chez le pauvre homme,
Et c’est bien pour qu’ils le trouvent
que de vrais sages viennent au monde. (I, 117)


Le noyau que l’on trouve dans la mangue et d’autres fruits,
A l’inaliénable propriété de germer. Une terre labourée,
De l’eau et d’autres [conditions] concourent alors
À la formation graduelle de la substance du roi des arbres. (I, 118)


Enfoncée sous la peau du fruit que constituent l’ignorance
et les autres [émotions] qui affectent les êtres,
Il y a aussi l’immensité vertueuse de l’Élément du réel.
De même, avec le concours de telle et telle vertu,
Cet Élément devient peu à peu la substance du roi des sages. (I, 119)


L’eau, la lumière du soleil, le vent, la terre, le temps et l’espace
sont autant de conditions
Qui, sous la peau des fruits du palmier ou du manguier,
coopèrent à la naissance d’un grand arbre.
De même, sous la peau du fruit des émotions qui affectent les êtres,
loge la graine de la bouddhéité parfaite
Différentes conditions vertueuses permettront de voir
le germe du Dharma pendant qu’il croît. (I, 120)


Imaginez une statue du bouddha en matières précieuses
Enveloppée dans de puantes guenilles.
Un dieu qui l’a vue abandonnée sur la route
En avertit les passants pour qu’ils la libèrent. (I, 121)


De même, celui dont rien ne bloque la vision et qui voit,
Chez les animaux aussi, la substance d’un bouddha
Enveloppée dans toute la variété des affections,
Montrera les moyens de l’en délivrer. (I, 122)


Le dieu qui, de son œil divin, aperçoit sur la route
une statue du Bouddha toute en matières précieuses
enveloppée dans de puants haillons
La montre aux passants pour qu’ils l’en délivrent.


De même, lorsqu’il voit sur les chemins du saṃsāra,
jusques et y compris chez les animaux,
l’Élément enfoui sous les guenilles des affections,
Le Vainqueur enseigne le Dharma pour le libérer. (I, 123)


Imaginez une femme sans beauté ni protecteur
Qui vit dans un asile pour les déshérités.
Même enceinte de la gloire d’un souverain,
Elle ignore que son sein abrite le maître des hommes. (I, 124)


L’asile pour les déshérités est une image
de la naissance dans le saṃsāra
Et la femme enceinte figure les êtres qui ne se sont pas purifiés.
Ce qui est présent en elle assure sa protection ;
Quant à l’Élément immaculé, il est comparable
[au monarque] qu’elle porte en son sein. (I, 125)


La femme laide dans ses vêtements sales
a beau porter un monarque en son sein,
Elle n’en subit pas moins les pires souffrances
dans un asile pour les déshérités.
De même, les êtres qui, sous l’emprise des affections,
n’ont pas l’esprit en paix
Restent sur le terrain de la souffrance et se sentent abandonnés
malgré le protecteur qu’ils portent en eux. (I, 126)


La statue coulée dans l’or qui refroidit dans [son moule]
Présente, du dehors, une nature argileuse.
Ce que voyant, les êtres avertis enlèveront l’enveloppe extérieure
Pour nettoyer la [statue en] or qui se trouve à l’intérieur. (I, 127)


De même, voyant parfaitement que les souillures
De nature lumineuse sont fortuites,
[Ceux qui ont atteint] l’Éveil suprême lavent de leurs voiles
Les êtres comparables à des mines de joyaux. (I, 128)


Au fait de la vraie nature de la forme en or, brillante et pure,
Confinée dans l’argile refroidie, l’orfèvre l’en dégage.
De même, les omniscients, qui connaissent l’or pur de l’esprit apaisé,
Enseignent-ils le Dharma pour faire disparaître les voiles
en frappant « là où il faut ». (I, 129)


Dans un lotus fané, parmi les abeilles,
Dans la balle du grain, dans les immondices, dans la terre,
Sous la peau du fruit, sous les guenilles, dans la matrice
D’une pauvresse et dans un moule en glaise, (I, 130)


Comparable à un bouddha, au miel, au grain,
De même qu’à l’or, à un trésor, à un grand arbre,
Une précieuse image, un monarque universel
Et une statue en or, (I, 131)


L’Élément des êtres, dit-on, n’a rien de commun
Avec l’enveloppe des affections.
La pureté naturelle de l’esprit
Est telle depuis l’absence de commencement. (I, 132)


L’attachement, l’aversion et la confusion,
Ainsi que leur vive émergence et leurs imprégnations,
De même que les souillures éliminées
sur les voies de vision et de méditation,
Ou encore sur les terre impures et les terres pures : (I, 133)


Voilà neuf groupes [de souillures] qu’illustrent
Le lotus fané et les autres comparaisons,
Mais les enveloppes des affections secondaires
Présentent des millions et des millions de subdivisions. (I, 134)


L’attachement et les huit autres souillures
Sont disposés ci-dessus de façon à correspondre,
Dans le même ordre, au lotus fané
Et aux huit autres comparaisons. (I, 135)


Les êtres puérils sont entachés par quatre
De ces souillures ; les arhats par une,
Les disciples [sur les voies avec apprentissage] par deux ;
Et les sages [bodhisattvas] par deux souillures aussi. (I, 136)


Devant un lotus, fleur née de la boue,
On se sent toujours heureux.
Mais cette joie bientôt s’évanouit,
Comme la joie née du désir décline aussi. (I, 137)


De même que les abeilles
Excitées jouent du dard,
La colère en surgissant
Arrache le cœur. (I, 138)


De même que le grain de riz
Est recouvert par la balle,
La vision de la quintessence est bloquée
Par la coquille de l’ignorance. (I, 139)


De même que les immondices sont répugnantes,
Immonde est l’émergence [des poisons],
Car elle est la cause dont dépend le désir
De ceux qui lui sont attachés. (I, 140)


De même que les richesses bien cachées
Sont d’introuvables trésors ignorés,
La [sagesse] spontanée des êtres est voilée
Par la terre des imprégnations de l’ignorance. (I, 141)


La croissance progressive du germe
Déchire le tégument de la graine.
De même, la vision du réel supprime
[Les souillures] qui sur cette voie s’éliminent. (I, 142)


Une fois reliés à la voie des êtres sublimes,
[Les arhats] ont vaincu l’essentiel – la croyance à l’individualité.
Les objets que la sagesse primordiale élimine sur la voie de méditation
Ressemblent, dit-on, à des guenilles ou des haillons. (I, 143)


Les souillures présentes sur les sept terres [impures]
Sont comparables aux souillures d’une matrice
Et la sagesse non conceptuelle et parfaitement mûre
À un [embryon] délivré de la matrice. (I, 144)


Les souillures liées aux trois terres [pures]
Sont comparables à des traces d’argile [sur une statue].
Le recueillement Adamantin des grands êtres
En aura raison. (I, 145)


L’attachement et les huit autres souillures
Sont donc comparables à un lotus fané et aux huit autres exemples.
Ramené à sa triple nature, l’Élément
Est comparable à un bouddha et ainsi de suite. (I, 146)


Cette [triple] nature est le corps du Dharma,
L’ainsité et la filiation que l’on reconnaîtra
Successivement dans trois comparaisons,
Puis dans une seule et enfin dans cinq. (I, 147)


Le corps du Dharma présente deux aspects
La très pure dimension absolue
Et son analogue, les enseignements
Du mode profond et du mode détaillé. (I, 148)


Bien au-delà du monde,
Rien ne lui ressemble dans le monde.
Voilà montrée la similitude
De l’Élément et du Tathāgata. (I, 149)


Les enseignements du mode profond et subtil
Évoquent le goût unique de tous les miels.
Quant aux enseignements du mode détaillé,
Ils ressemblent à tous ces grains dans leur balle. (I, 150)


En raison de sa nature immuable,
Vertueuse et parfaitement pure,
L’ainsité est comparable
À une forme en or. (I, 151)


Sachez que, semblable au trésor et à l’arbre fruitier,
La filiation spirituelle a deux aspects
Présente sans commencement [en tant que] nature [de l’esprit]
Et suprême [quand on l’a] correctement adoptée. (I, 152)


On atteint les trois corps de la bouddhéité
À partir de cette double filiation.
Le premier corps, de la première ;
Les deux suivants, de la seconde. (I, 153)


Vous devriez savoir que la beauté du corps essentiel
Est comparable à une précieuse image
Parce que ce corps de nature incréée
Et ses qualités forment un trésor de joyaux. (I, 154)


Le corps de parfaite jouissance évoque un monarque universel
Parce qu’il détient le grand royaume du vrai Dharma.
Le corps d’apparition est alors comparé à une forme en or
Parce qu’il a la nature des reflets. (I, 155)


C’est la foi qui permet de réaliser
L’absolu des [bouddhas] nés d’eux-mêmes.
Qui n’a pas d’yeux ne peut voir
L’éclat de l’orbe solaire. (I, 156)


Ici, il n’y a rien à enlever
Et rien à ajouter.
Regardez réellement le réel !
Quand vous le verrez, vous serez libres. (I, 157)


L’Élément est vide des souillures adventices
Qui ont pour caractère d’en être séparables.
Il n’est pas vide de ses insurpassables qualités
Qui ont pour caractère d’en être inséparables. (I, 158)


Les Vainqueurs ont enseigné ici et là
que tous les phénomènes sont vides
Sous tous les aspects, comme des nuages, des rêves et des illusions.
Or voici qu’ils déclarent que tous les êtres animés
Ont une nature de bouddha : pourquoi ? (I, 159)


Perdre courage et mépriser les êtres plus humbles que soi,
Croire à ce qui n’est pas vrai, déprécier le vrai Dharma
Et, enfin, être trop attaché à soi-même : voilà cinq défauts
Que cet enseignement se propose d’éliminer chez ceux qu’ils affectent.
(I, 160)


La limite du réel se trouve toujours
À l’écart des phénomènes conditionnés.
Il est alors possible de comparer les affections,
Les actes et leurs effets à des nuages, des rêves, des illusions. (I, 161)


Les affections sont comparables à des nuages ;
Les actes, à des expériences faites en rêve ;
Et les agrégats, qui résultent des affections
Et des actes, à des illusions et des apparitions. (I, 162)


En plus des premiers exposés,
La Continuité suprême enseigne
La présence de l’Élément spirituel
Pour éliminer les cinq défauts. (I, 163)


Ainsi, l’esprit d’Éveil ne naîtra point
Chez ceux qui, n’ayant pas entendu [cet enseignement],
Se méprisent eux-mêmes
Jusqu’à perdre courage. (I, 164)


D’entre ceux qui ont produit l’esprit d’Éveil,
Certains se disent supérieurs
Et tiennent pour inférieurs
Ceux que l’esprit d’Éveil n’a pas encore gagnés. (I, 165)


La juste sagesse ne peut naître
Chez ceux qui pensent de la sorte.
Ceux-là croient ce qui n’est pas vrai
Et le vrai n’a pas de sens pour eux. (I, 166)


Artificiels et passagers, les défauts
Des êtres ne sont pas réels.
En vérité, les fautes n’ont pas de soi
Et les qualités sont pures par nature. (I, 167)


S’il croit à des défauts irréels
Et sous-estime de réelles qualités,
L’être intelligent n’acquerra pas la bienveillance
Qui voit l’égalité d’autrui et de soi-même. (I, 168)


Ainsi, quand on a entendu ce qui précède,
on ne peut qu’être enthousiaste,
Respecter les autres autant que notre Instructeur,
Et accéder à la connaissance, à la sagesse et à la grande bienveillance.
L’émergence de ces cinq qualités permet (I, 169)


D’éliminer l’erreur [du découragement], de voir égal,
De [réaliser] l’absence des défauts et la présence des qualités,
Et de s’aimer soi-même autant que les autres,
Grâce à quoi l’on atteindra bientôt l’état de bouddha. (I, 170)


Ici prend fin le premier chapitre, « La Quintessence des tathāgatas », du
Traité de la Continuité suprême du Grand Véhicule, analyse de la filiation
spirituelle des Trois Joyaux.


II - L’ÉVEIL

[L’Éveil] est pureté, obtention et séparation ;
Bien propre, bien d’autrui, support,
Profondeur, vastitude, magnanimité,
Durée et essence. (II, 1)


L’essence, la cause, le fruit,
La fonction, la dotation, la manifestation,
La permanence et l’inconcevabilité
[Ces huit points] déterminent la bouddhéité. (II, 2)


On l’appelle « luminosité naturelle » et elle évoque le soleil et le ciel.
L’épaisse nuée des [voiles] adventices du connaissable
et des affections la recouvrent
[Mais elle reste] la bouddhéité permanente, stable et éternelle,
dotée de toutes les qualités immaculées des bouddhas.
On peut l’atteindre avec les deux sagesses qui discernent
tous les phénomènes sans la moindre pensée. (II, 3)


L’indivisible bouddhéité se distingue
Pleinement par ses qualités pures,
Comme si elle se dédoublait en soleil de la sagesse
Et en ciel de l’élimination. (II, 4)


Luminosité incomposée,
Inséparable de ses manifestations,
Elle est dotée de toutes les qualités des bouddhas,
Plus nombreuses que les grains de sable du Gange. (II, 5)


Comme ils n’existent pas par eux-mêmes,
Qu’ils sont omniprésents et adventices,
On compare les voiles émotionnel
Et cognitif à des nuages. (II, 6)


On affirme que la séparation d’avec les deux voiles
A pour cause une double sagesse
L’absence de pensée [de la méditation]
Et la sagesse de la post-méditation. (II, 7)


Comme un lac aux eaux limpides qui peu à peu se couvrent de lotus ;
Comme la pleine lune qui s’échappe de la gueule de Rāhu ;
Comme le soleil qui se dégage de la nue des affections
[L’Éveil] rayonne de lumières en raison de ses qualités immaculées.
(II, 8)


Le Vainqueur est comparable au plus grand des sages, au miel,
Au grain, à l’or précieux, à un trésor et à un grand arbre ;
On le compare encore à une pure et précieuse image du Bouddha,
À un maître de la terre et à une statue en or. (II, 9)


Pour nous résumer, nous dirons que le fruit
De la sagesse dépourvue de pensées,
C’est la pureté du désir et des autres affections adventices,
Laquelle est comparable au lac, [à la pleine lune] et au reste. (II, 10)


Il est enseigné que le fruit de la sagesse primordiale
Atteint pendant la post-méditation,
C’est l’obtention définitive de l’état de bouddha
Pourvu de tous les attributs suprêmes. (II, 11)


[L’état de bouddha] est comparable à une étendue d’eau pure
Où le sédiment du désir a déposé
Et où l’eau de la concentration
Baigne les disciples pareils à des lotus. (II, 12)


Comme il a échappé à la colère de Rāhu,
On le compare à la pleine lune immaculée
Comblant les destinées de lumières
Qui rayonnent de grande bienveillance et de grande compassion. (II, 13)


La bouddhéité est comparable à un soleil immaculé
Qui s’est libéré des nuages de l’ignorance
Et, de ses radieuses lumières de sagesse,
Disperse les ténèbres du monde. (II, 14)


Comme ses qualités égalent le sans-égal,
Qu’elle prodigue la saveur du vrai Dharma
Et qu’elle est libre de l’enveloppe [des voiles]
On compare [la bouddhéité] à un bouddha, au miel et à une graine.
(II, 15)


Comme elle est pure et riche de qualités
Qui éliminent la pauvreté
Et qu’elle procure le fruit de la libération,
On la compare à de l’or, à un trésor et à un arbre fruitier. (II, 16)


Comme elle est le joyau du corps absolu,
Le maître suprême des hommes,
Et qu’elle a l’aspect d’une forme précieuse, on la compare
À une précieuse [image], à un monarque et à une [statue en] or. (II, 17)


Non souillé, omniprésent, indestructible,
Stable, paisible, éternel, sans transmigration et source [de qualités],
Le Tathāgata est, comme l’espace, la cause de l’expérience
Des objets qui s’offrent aux six facultés des êtres purs. (II, 18)


[Le bouddha] est la cause qui permet de voir
des formes dépourvues d’éléments,
D’entendre des paroles bonnes et pures,
De humer les fragrances de la discipline des bien-allés,
De connaître le goût du vrai Dharma des grands êtres sublimes, (II, 19)


D’éprouver les délices du tangible pendant l’absorption méditative
Et de réaliser le mode profond en son essence même.
Quand on y réfléchit plus précisément, le tathāgata qui procure
Le bonheur absolu est dépourvu de causes comme l’espace. (II, 20)


Il faut savoir que ces deux sagesses
Ont en bref pour fonction
Le corps de libération ou la perfection
Et le corps absolu ou la purification. (II, 21)


On connaîtra le corps de libération et le corps absolu
Sous deux aspects puis sous un seul,
Puisqu’ils sont non contaminés, omniprésents,
Incomposés et que ce sont des sources [de qualités]. (II, 22)


[Le corps de libération] n’est pas contaminé
Puisque les affections et leurs tendances ont cessé.
On tient [le corps absolu] pour l’omniprésence
de la sagesse primordiale
Puisqu’il n’est attaché à rien et que rien ne lui fait obstacle. (II, 23)


[Ces deux corps] sont incomposés
Puisqu’ils sont indestructibles à jamais.
C’est leur indestructibilité qu’explicitent
La stabilité et les trois autres qualités. (II, 24)


La destruction présente quatre aspects
Qui sont les contraires de la stabilité et ainsi de suite
La dégradation, le changement, l’interruption
Et la transmigration avec ses métamorphoses inconcevables. (II, 25)


Indestructibles de ces quatre façons, [les deux corps]
Sont stables, paisibles, permanents et libres de la transmigration.
L’absence de souillures et la sagesse en sont la source
En tant que supports des qualités pures. (II, 26)


De même que l’espace, qui n’est pas une cause,
Est cause de la vision des formes
Et de la perception des sons, des odeurs,
Des saveurs, des tangibles et des phénomènes [mentaux], (II, 27)


De même, grâce à la [voie de] jonction où les voiles disparaissent,
Les deux corps sont les causes de l’apparition
De qualités non contaminées comme autant d’objets
Offerts aux facultés des [êtres] stables. (II, 28)


Inconcevable, permanent, stable, paisible, éternel,
Apaisé, omniprésent, libre de la pensée, pareil à l’espace,
Libre d’attachement, nulle part entravé, sans plus de contacts grossiers,
Invisible, insaisissable et vertueux, le Bouddha est immaculé. (II, 29)


Le corps de libération et le corps absolu
Enseignent le bien propre et le bien d’autrui.
Supports du double bienfait, ils sont inconcevables
En plus de quatorze autres qualités. (II, 30)


La bouddhéité est l’objet de l’omnisciente
Sagesse primordiale et non des trois connaissances.
Les êtres pourvus d’un corps de sagesse [autres que les bouddhas]
Comprendront qu’elle est inconcevable. (II, 31)


De par sa subtilité, ce n’est pas un objet d’étude.
Absolue, ce n’est un objet de réflexion.
Profonde essence du réel, ce n’est pas non plus l’objet
Des méditations mondaines et autres. (II, 32)


De même que les aveugles de naissance ne voient pas les formes,
Les êtres puérils ne l’ont jamais vue. Les êtres sublimes eux-mêmes
Sont pareils à des nourrissons qui entrevoient la forme du soleil
Depuis la chambre où ils viennent de naître. (II, 33)


[La bouddhéité] est permanente parce qu’elle n’est jamais née ;
Elle est stable parce qu’elle ne cesse jamais ;
Elle est paisible parce qu’elle n’a plus de dualités ;
Elle est éternelle parce que l’essence du réel persiste. (II, 34)


[L’Éveil est] très paisible en tant que vérité de la cessation ;
Omniprésent pour sa réalisation de toute chose ;
Sans pensées parce qu’il ne fait fond sur rien ;
Et sans attachement parce qu’il n’a plus d’affections. (II, 35)


Il est totalement pur du voile cognitif
Et rien ne peut lui faire obstacle.
Libre du double [obstacle] et infiniment souple,
Il n’a plus de contacts grossiers. (II, 36)


[L’Éveil] est invisible parce qu’il n’a pas de forme ;
Insaisissable parce qu’il n’a pas de caractéristiques ;
Vertueux parce qu’il est pur par nature ;
Immaculé parce qu’il n’a plus de souillures. (II, 37)


Sans commencement ni milieu ni fin, indivisible,
Non duelle, dégagée des trois [voiles], immaculée et libre de la pensée
Telle est la nature de la dimension absolue
Dont la réalisation est la vision des yogis établis en méditation.
(II, 38)


Dotée de qualités immensurables, inconcevables,
Inégalées, plus nombreuses que les grains de sable du Gange,
La pure immensité des tathāgatas
Est libre de tous les maux et de leurs imprégnations. (II, 39)


Avec le vrai Dharma sous ses deux aspects,
avec des corps rayonnant de lumières,
Il s’empresse d’accomplir son but, celui de libérer les êtres,
Et pour ce faire il agit comme le souverain des Joyaux magiques
En revêtant toutes les apparences possibles
sans être leur essence pour autant. (II, 40)


Les [corps] formels sont en ce monde la cause de l’entrée
des êtres ordinaires dans la voie de la paix.
De même sont-ils la cause de leur maturité et de la prédiction.
Ils resteront ici à jamais comme le monde
De la Forme restera dans l’espace. (II, 41)


On appelle « bouddhéité » l’omniscience
De ceux qui d’eux-mêmes sont nés.
Voilà le nirvāṇa suprême, l’impensable,
Le vainqueur de l’ennemi et l’incarnation
[de la sagesse] qui se connaît elle-même. (II, 42)


Elle se manifeste dans le corps essentiel
Et les deux autres corps en fonction de leurs qualités
Respectives de profondeur, de vastitude
Et de magnanimité. (II, 43)


Sachez donc, en bref,
Que le corps essentiel des bouddhas
Possède cinq caractéristiques.
On ramène ses qualités à cinq aussi. (II, 44)


[Le corps essentiel est] incomposé, indivisible,
Dégagé des deux extrêmes
Et définitivement libre des trois voiles
Émotionnel, cognitif et méditatif. (II, 45)


Immaculé, sans pensée,
C’est le domaine des yogis
Et, en tant que dimension absolue
Pure par essence, la luminosité. (II, 46)


Le corps essentiel est réellement pourvu
De qualités ultimes : il est immensurable,
Indénombrable, inconcevable,
Inégalable et pur. (II, 47)


Cela, parce que, respectivement, il est immense
Et se dérobe à toute mesure, que ce n’est pas un objet
De spéculation, qu’il est unique
Et n’a plus de propensions karmiques. (II, 48)


Il jouit à la perfection des divers enseignements,
Il se manifeste avec ses qualités naturelles,
Et le bien qu’il ne cesse de prodiguer aux êtres
Est l’analogue de sa pure compassion. (II, 49)


Il comble tous les désirs, quels qu’ils soient,
Sans la moindre pensée, sans le moindre effort.
Aussi, avec ses prodiges de Joyau magique,
Sa présence est-elle parfaite jouissance. (II, 50)


L’expression, l’apparence et les activités ininterrompues,
L’absence d’action délibérée
Et le fait de montrer qu’il n’est pas l’essence de toutes [ces choses],
Rendent compte de la quintuple diversité
[du corps de parfaite jouissance]. (II, 51)


De même que sur un fond coloré
La pierre précieuse apparaît telle qu’elle n’est pas,
De même, du fait de la diversité des êtres,
L’Omniprésent est perçu tel qu’il n’est pas. (II, 52)


Celui qui connaît tous les mondes
Les considère avec grande compassion
Et, sans dévier du corps absolu,
Manifeste diverses apparitions de lui-même. (II, 53)


Les vies antérieures, la naissance spontanée [chez les dieux],
La descente du ciel des Tuṣitas,
L’entrée dans une matrice, la naissance,
La maîtrise des arts et des sciences, (II, 54)


Les plaisirs du gynécée,
Le renoncement, l’ascèse,
L’arrivée au Trône de l’Éveil,
La victoire sur les armées de Māra et l’Éveil parfait, (II, 55)


[La mise en branle] de la roue du Dharma
Et le passage en nirvāṇa : voilà autant de hauts faits
Qu’il manifeste dans les champs impurs
Tant que s’y trouveront des êtres. (II, 56)


Les termes « impermanence », « souffrance », « sans soi »
Et « paix » permettent à celui qui connaît les méthodes
De provoquer chez les êtres le dégoût des trois mondes
En leur donnant accès au nirvāṇa. (II, 57)


Fort engagés sur la voie de la paix, certains
Pensent avoir atteint le nirvāṇa. À ceux-là
Le Bouddha montre la réalité des phénomènes
Comme dans Le Lotus blanc et d’autres soûtras, (II, 58)


Si bien qu’il les détourne de leurs anciennes croyances
Et les amène à adopter les méthodes et la connaissance
En les faisant mûrir dans le véhicule suprême.
Ensuite, il leur annonce qu’ils atteindront l’Éveil suprême. (II, 59)


[Le bouddha] est profond, sa puissance est parfaite
Et il guide les êtres puérils en fonction de leurs intérêts.
Dès lors, on saura que [ses trois corps] sont, dans le même ordre,
Profondeur, vastitude et magnanimité. (II, 60)


Ici donc, le corps absolu vient en premier
Et les [deux] corps formels suivent.
Comme les formes se situent dans l’espace,
Dans le premier corps se situent les deux autres. (II, 61)


En raison d’une infinité de causes et du nombre inépuisable des êtres,
Et comme l’amour, les prodiges, la connaissance
et la perfection lui sont acquis,
Qu’il domine les phénomènes, qu’il a vaincu le démon de la mort
Et qu’il n’a pas d’essence, le Protecteur du monde est permanent. (II, 62)


Comme, ayant renoncé à son corps, à sa vie
Et à ses biens, il a embrassé le vrai Dharma ;
Comme, pour le bien de tous les êtres, il ira
Jusqu’au terme de son vœu originel ; (II, 63)


Comme la bouddhéité est totalement imprégnée
D’une compassion pure et immaculée ;
Comme il use des quatre bases des pouvoirs miraculeux
Pour agir en restant [dans le monde] ; (II, 64)


Comme avec la connaissance il s’est affranchi
De la croyance à la dualité du saṃsāra et du nirvāṇa ;
Comme il ne se déprend jamais de la félicité parfaite
D’inconcevables recueillements d’extase ; (II, 65)


Et comme, lors même qu’il agit dans le monde,
Les choses du monde ne peuvent pas le souiller ;
[Le corps absolu est permanent] parce qu’il a trouvé
l’immortalité et la paix
Là où le démon de la mort ne court plus. (II, 66)


Parce que, inconditionné par nature,
Le sage est apaisé dès l’origine
Et parce qu’il est logique qu’il soit le refuge
De ceux qui n’ont pas de refuge permanent. (II, 67)


Les sept premières raisons
Valent pour la permanence des corps formels
De notre Instructeur ; les trois dernières,
Pour la permanence de son corps absolu. (II, 68)


Ineffable, il revient à l’absolu ;
Ce n’est pas un objet d’analyse ; il échappe à toute comparaison ;
Insurpassable, l’existence et la paix ne peuvent le contenir ;
Aux êtres sublimes aussi, le domaine des Vainqueurs
reste inconcevable. (II, 69)


[L’Éveil] est inconcevable parce qu’il est indicible ;
Il est indicible parce qu’il est absolu ;
Il est absolu parce que ce n’est pas un objet d’analyse ;
Ce n’est pas un objet d’analyse parce qu’on ne peut pas l’inférer ; (II, 70)


On ne peut pas l’inférer parce que rien ne lui est supérieur ;
Rien ne lui est supérieur parce qu’on ne peut à rien le ramener ;
On ne peut à rien le ramener parce qu’il ne se trouve nulle part ;
Il ne se trouve nulle part parce qu’il n’a pas les idées
de qualité et de défaut. (II, 71)


Subtil pour les cinq premières raisons,
Le corps absolu est inconcevable ;
Irréels, pour la sixième [raison],
Les corps formels sont inconcevables. (II, 72)


Du fait de leur sagesse insurpassable, de leur grande compassion
et de leurs autres vertus,
Les Vainqueurs transcendent toutes les qualités
et sont [donc] inconcevables.
Dès lors, les grands sages qui ont reçu l’initiation ignorent,
Eux aussi, l’état ultime des bouddhas nés d’eux-mêmes. (II, 73)


Ici prend fin le deuxième chapitre, « L’Éveil », du Traité de la Continuité
suprême du Grand Véhicule, analyse de la filiation spirituelle des Trois Joyaux.


III - LES QUALITÉS

Le bien propre et le bien d’autrui sont le corps absolu
Et les corps relatifs qui en dépendent.
Ils présentent soixante-quatre qualités
Qui sont des fruits de séparation et de maturation. (III, 1)


Le corps absolu est le lieu
Des richesses personnelles.
Le corps symbolique des sages
Est le lieu du bien parfait des autres. (III, 2)


Le premier corps est doté des forces
Et des autres qualités de séparation ;
Le second possède les marques des grands êtres,
Qui sont des qualités de maturation. (III, 3)


Si les forces sont comparables aux vajras [lancés]
contre le voile de l’ignorance,
Les intrépidités évoquent le lion dans l’assemblée [des animaux],
Les [qualités] exclusives des tathāgatas ressemblent à l’espace
Et la double apparence du Sage tient [du reflet] de la lune dans l’eau. (III, 4)


Le correct et l’incorrect,
La rétribution des actes, les facultés,
Les tempéraments, les aspirations,
Les voies de toutes les destinées, les concentrations (III, 5)


Souillées ou immaculées,
Le souvenir des existences [passées],
L’œil divin et l’apaisement
Voilà les dix forces de connaissance. (III, 6)


Le correct et l’incorrect, la rétribution, les tempéraments,
les destinées et les aspirations dans toute leur diversité,
Ce qui est souillé par les affections ou parfaitement purifié,
l’ensemble des facultés, le souvenir des états antérieurs,
L’œil divin et l’art d’épuiser les souillures : voilà les [dix] forces
[de connaissance] que l’on compare à des vajras
Parce qu’elles transpercent les armures, abattent les remparts
et rasent les forêts de l’ignorance. (III, 7)


À toute chose il s’éveille pleinement ;
Il met fin aux obstacles ;
Il enseigne la voie et montre la cessation
Telles sont les quatre intrépidités. (III, 8)


Comme il connaît et fait connaître tout ce que les autres et soi-même
se doivent de connaître ;
Comme il a éliminé et fait éliminer ce qui devait l’être
et qu’il a suivi ce qu’il fallait suivre ;
Comme il a atteint et fait atteindre l’état suprême
et très immaculé qu’il faut atteindre,
Et comme, enfin, il prêche la vérité pour le bien de tous,
le Sage ne rencontre jamais d’obstacles. (III, 9)


À l’orée de la jungle, le roi des animaux se promène sans peur
Et jamais il ne craint aucun autre animal.
De même, dans une assemblée, le Seigneur des Sages,
qui est pareil au lion,
Peut-il rester à l’aise, indépendant, habile et stable. (III, 10)


[Notre Instructeur] ne se trompe pas
et ne tient pas de propos futiles,
Sa mémoire est infaillible, son esprit
Ne quitte jamais le recueillement profond ;
Il ne perçoit pas non plus de différences (III, 11)


Et ne saurait être indifférent par manque de discernement.
Ses aspirations, son ardeur, son attention,
Sa connaissance supérieure, sa liberté totale
Et ce que voit sa libre sagesse ignorent le déclin. (III, 12)


Ses actes procèdent de la sagesse
Libre des voiles temporels.
Telles sont, entre autres, dix-huit
Qualités exclusives de notre Instructeur. (III, 13)


Erreurs, bavardages, oubli, dispersion, perceptions toutes différentes
Et indifférence naturelle : rien de cela n’affecte le Sage.
Ses aspirations, son ardeur, son attention, sa connaissance
parfaitement pure et immaculée, sa liberté perpétuelle
Et sa libre sagesse qui voit tous les phénomènes ignorent le déclin.
(III, 14)


Les actes de son corps, de sa parole et de son esprit
sont tous précédés et suivis par la sagesse primordiale,
Tandis que son immense sagesse opère toujours
dans les trois temps sans jamais rencontrer d’obstacles.
Fort de cette réalisation, il ne craint pas de faire tourner
la grande roue du vrai Dharma pour le bien des êtres.
Cette victoire dotée de grande compassion
voilà ce que les bouddhas ont trouvé. (III, 15)


La terre et les autres éléments n’ont pas la même nature que l’espace ;
Les caractéristiques de la forme n’ont rien à voir
avec l’absence d’obstacles et les autres particularités de l’espace.
La terre, l’eau, le feu et l’air, de même que l’espace,
sont communs à [tous les] mondes,
Mais les [qualités] exclusives [des bouddhas] n’ont pas même
une particule en commun avec le monde. (III, 16)


[Le bouddha] a les pieds bien posés, marqués chacun d’une roue ;
Il a les talons larges et les malléoles invisibles ;
Ses doigts et ses orteils sont longs
Et rattachés par des membranes. (III, 17)


D’une délicatesse juvénile, sa peau est d’une douceur parfaite ;
Le dos de ses mains, ses cous-de-pied, ses épaules et sa nuque
forment sept protubérances bien arrondies ;
Ses jarrets sont les mêmes que ceux de l’antilope eṇaya
Et son secret rentré au fourreau comme celui de l’éléphant. (III, 18)


Il a un torse de lion et des épaules
Pleines et larges aux sommets
Bien rebondis. Il a les bras tendres,
Ronds et réguliers. (III, 19)


Ses bras sont longs et son corps, entièrement pur,
Est entouré d’un halo de lumière.
Sa gorge évoque une conque immaculée
Et ses joues valent celles du roi des animaux. (III, 20)


Il a quarante dents parfaitement égales,
Brillantes et bien alignées,
Pures et de la même taille ;
Ses canines sont d’une blancheur suprême. (III, 21)


Sa langue longue, infinie, inconcevable,
Donne un goût suprême à tous les aliments.
De sa voix de Brahma, le Bouddha parle
Avec des accents de kalaviṅka. (III, 22)


Il a de beaux yeux pareils à des lotus bleus
et les cils de la reine des vaches ne valent pas les siens.
Son beau visage sans défauts s’orne d’un poil-trésor blanc.
Le haut de son crâne se pare d’un apex et sa peau,
fine et pure,
A la couleur de l’or : n’est-il pas suprême entre tous les êtres ? (III, 23)


Chacun de ses poils doux et fins
S’enroule à droite en poussant vers le haut ;
Impeccable est sa chevelure bleu foncé comme un précieux saphir ;
Ses proportions sont parfaites comme celles du banian. (III, 24)


Universellement bon et incomparable, le grand Sage
A le corps robuste et la force de Nārāyaṇa.
De ces trente-deux marques inconcevables,
Notre Instructeur précise qu’elles appartiennent
aux seigneurs parmi les hommes. (III, 25)


De même qu’en automne on voit la forme de la lune
Dans un ciel sans nuages comme dans les eaux bleues d’un lac,
De même, les enfants des Vainqueurs verront la forme
De l’Omniprésent dans le maṇḍala de la parfaite bouddhéité. (III, 26)


Il faut savoir que ces soixante-quatre qualités,
Ainsi que les causes de chacune,
Apparaissent ici dans le même ordre
Que dans le Soûtra de Ratnadārikā. (III, 27)


Elles sont indestructibles, audacieuses,
Inégalables et inamovibles,
Si bien qu’on les compare respectivement
Au vajra, au lion, à l’espace et au [reflet de] la lune dans l’eau pure.
(III, 28)


Des dix forces, les six premières éliminent
Le voile de la connaissance ; les trois suivantes
Le voile de l’absorption méditative ; et la dernière
Le voile des affections avec leurs imprégnations : (III, 29)


Comme si elles transperçaient des armures,
Abattaient des remparts et rasaient des forêts.
Les forces des Sages sont comparables à des vajras,
Parce qu’elles sont sûres, essentielles, stables et indestructibles. (III, 30)


Pourquoi sont-elles sûres ? Parce qu’elles sont essentielles.
Essentielles ? Parce qu’elles sont stables. Stables ?
Parce qu’elles sont indestructibles. Et comme elles sont
Indestructibles, on les compare à des vajras. (III, 31)


Impavide, indépendant,
Stable et parfaitement habile,
Le lion des sages est tel un lion sans crainte
Au cœur des assemblées qui se pressent autour de lui. (III, 32)


Comme il connaît tout directement,
Il reste sans peur en toute occasion,
Et comme il voit que les êtres qui se sont purifiés
Eux-mêmes ne le valent point, il reste indépendant. (III, 33)


L’esprit concentré sur tous les phénomènes,
Il est la stabilité même. Passé très au-delà
De la terre des imprégnations de l’ignorance,
Il rayonne de pouvoir créatif. (III, 34)


Les êtres ordinaires, les auditeurs, les bouddhas-par-soi,
Les sages bodhisattvas et les bouddhas nés d’eux-mêmes,
Atteignent des états de compréhension de plus en plus subtils
Qu’illustrent cinq comparaisons : (III, 35)


Comme ils assurent la survie de tous les mondes,
Ils sont pareils à la terre, à l’eau, au feu et au vent ;
Comme ils transcendent les caractères mondains
Et supramondains, ils sont comparables à l’espace. (III, 36)


Ces trente-deux qualités sont autant
De divisions du corps absolu,
De même que la lumière, la couleur et la forme
D’une pierre précieuse n’en sont point séparées. (III, 37)


Elles comblent la vue, ces qualités
Appelées « trente-deux marques » !
Elles s’appuient sur le corps d’apparition
Et le corps de la jouissance parfaite du Dharma. (III, 38)


Les éloignés de la pureté et ses proches,
Les uns dans le monde et les autres dans le maṇḍala d’un vainqueur,
Voient les corps formels de deux façons
Comme la forme de la lune dans le ciel
ou bien de son reflet dans l’eau. (III, 39)


Ici prend fin le troisième chapitre, « Les Qualités », du Traité de la
Continuité suprême du Grand Véhicule, analyse de la filiation spirituelle des
Trois Joyaux.


IV - LES ACTIVITÉS ÉVEILLÉES

L’Omniprésent se manifeste toujours spontanément
Et arrive sur les lieux au moment opportun
Selon les dispositions du disciple, les moyens de le discipliner
Et la discipline qu’il convient d’appliquer. (IV, 1)


Riche de tous les joyaux les plus précieux, les qualités,
l’océan de la sagesse primordiale scintille
au soleil des mérites et de la sagesse ;
C’est l’accomplissement définitif de tous les véhicules,
une immensité dépourvue de centre et de périphérie,
omniprésente comme l’espace.
La bouddhéité, trésor des qualités immaculées, apparaît alors
dans tous les êtres, sans différence entre eux,
Tandis que se lève le vent de la compassion des bouddhas
qui déchirera le filet des nuages tissé
par les voiles émotionnel et cognitif. (IV, 2)


Qui ? Comment ? En appliquant
Quelle discipline ? Où ? Quand ?
Comme le Sage n’a pas de ces pensées,
Son action est toujours spontanée. (IV, 3)


« Qui » renvoie aux dispositions du disciple,
« Comment » aux moyens de le discipliner,
« Quelle discipline » à leur application,
« Où » et « quand » au lieu et à l’instant. (IV, 4)


[Les activités éveillées ne s’interrompent jamais]
Parce qu’elles ont lieu sans pensées comme celles-ci
La libération définitive, son point d’appui,
Son fruit, les êtres pris en charge,
Les voiles et la condition de leur élimination. (IV, 5)


Les dix terres sont la voie de la libération définitive
Dont les deux accumulations forment la cause.
Le fruit alors atteint est l’Éveil suprême
Qui prend en charge l’Éveil au cœur des êtres. (IV, 6)


Les innombrables affections principales et secondaires,
Ainsi que leurs imprégnations, forment un voile.
La condition qui à tout moment détruit
[Les affections] est la grande compassion. (IV, 7)


Voici six points dont vous saurez qu’ils comparent
[Le processus des activités] à l’océan,
Puis au soleil, ensuite à l’espace, à un trésor,
Aux nuages et enfin au vent. (IV, 8)


Les terres [des bodhisattvas] sont comparables à l’océan
Parce qu’on y trouve l’eau de la sagesse et les joyaux des qualités.
Les deux accumulations ressemblent au soleil
Parce qu’elles sustentent tous les êtres. (IV, 9)


L’Éveil est pareil à l’élément espace
Parce qu’il est immense et n’a ni bords ni centre.
On compare l’Élément des êtres à un trésor
Parce qu’il a pour nature la bouddhéité authentique et parfaite. (IV, 10)


Les affections évoquent les nuages parce qu’elles ne durent pas,
Enveloppent toute chose et manquent de solidité.
Enfin, la compassion est comparable à un vent irrésistible
Parce qu’elle se tient prête à disperser [les affections]. (IV, 11)


Les activités ne s’interrompront pas tant que le saṃsāra durera
Parce que les bouddhas se libèrent avec le concours des autres,
Parce qu’ils voient que tous les êtres sont leurs égaux
Et parce que leur œuvre est inachevée. (IV, 12)


Le Tathāgata est comparable à Indra,
Au tambour [des dieux], à un nuage,
À Brahma, au soleil, à un précieux joyau,
À l’écho, à l’espace et à la terre. (IV, 13)


Si le sol prenait l’aspect
Du lapis-lazuli le plus pur,
Cette pureté permettrait de voir
Le seigneur des dieux parmi les jeunes déesses, (IV, 14)


Le splendide palais de la Victoire Absolue
Et d’autres divins séjours agrémentés
De bâtisses magnifiques, ainsi que les objets
Divins les plus divers. (IV, 15)


À la vue de ces apparences,
Les hommes et les femmes
Qui peuplent la terre
Forment le souhait (IV, 16)


D’être comme le seigneur
Des dieux avant longtemps.
Pour y parvenir, ils adoptent
La vertu et s’y tiennent pour de bon. (IV, 17)


Même s’ils ignorent
Que ce n’est là qu’une apparence,
Leurs actes vertueux leur permettront
De quitter la terre pour renaître chez les dieux. (IV, 18)


Et même si cette apparence n’a absolument
Aucune pensée et que rien ne l’ébranle,
Il faut bien admettre que, sur la terre,
Elle est de la plus grande utilité. (IV, 19)


Ainsi, les êtres dont la foi et les autres qualités
Ne sont pas souillées mais dûment cultivées
Verront mentalement le parfait Bouddha,
Paré des marques majeures et mineures, (IV, 20)


Marcher, rester debout,
S’asseoir et s’allonger,
Se livrer aux activités les plus variées,
Enseigner la vérité de la paix, (IV, 21)


Se taire et méditer avant de manifester
Des prodiges en tout genre
Ces êtres verront ces hauts faits
Dans leur majestueux éclat. (IV, 22)


Ce qu’ayant vu, ils aspireront
À la « bouddhéité » et s’y appliqueront.
Ils adopteront les causes de l’état
Auquel ils aspirent et ils l’atteindront. (IV, 23)


Car, même si cette apparence n’a absolument
Aucune pensée et que rien ne l’ébranle,
Il faut bien admettre que, dans le monde,
Elle est de la plus grande utilité. (IV, 24)


Les êtres ordinaires ne savent pas que cette vision
Est une perception au sein de leur propre esprit.
Cependant, la vue de ces formes
Leur procurera de grands bienfaits. (IV, 25)


Petit à petit, les êtres qui s’en tiennent
À ce véhicule-ci verront, du fait de cette vision,
Le suprême corps absolu à l’intérieur d’eux-mêmes
Avec l’œil de la sagesse primordiale. (IV, 26)


Si la terre, débarrassée de tous ses lieux inquiétants,
Prenait la belle clarté d’un pur lapis, si elle devenait lisse
et présentait les perfections d’un joyau,
Elle serait si pure que les divers séjours divins
et la forme des dieux et de leur seigneur pourraient s’y refléter.
Mais peu à peu le sol perdrait ces qualités,
et les reflets dont il se parait disparaîtraient. (IV, 27)


Pour atteindre l’état d’Indra, les hommes et les femmes suivraient
les préceptes d’un jour et les règles de conduite. Ils opteraient
pour le don et les autres vertus
Et, formant de pieux souhaits, ils prieraient en répandant des fleurs
et [en s’adonnant à d’] autres [dévotions]. (IV, 28ab)


De même, pour atteindre l’état du Seigneur des Sages
qui apparaît dans leur l’esprit pareil à un pur lapis-lazuli,
Pleins d’une douce allégresse, les enfants des Vainqueurs
engendrent l’esprit d’Éveil. (IV, 28cd)


De même que sur le sol pur en lapis-lazuli
Apparaît le reflet du seigneur des dieux,
Sur le sol pur de l’esprit des êtres,
Apparaît le reflet du Seigneur des Sages. (IV, 29)


L’apparition ou la disparition de ces reflets dans le monde des êtres
Se produit en fonction de l’état clair ou trouble de l’esprit de chacun.
De même que les reflets [d’Indra]
qui apparaissent dans le monde,
Il ne faut pas voir [les apparences du Bouddha]
comme si elles étaient et qu’elles ne sont plus. (IV, 30)


Ainsi, chez les dieux, par le pouvoir
Des actes blancs de leurs vies antérieures,
Sans effort ni lieu [d’origine], sans esprit
Ni forme, et sans la moindre pensée, (IV, 31)


Le tambour du Dharma exhorte encore
Et toujours les dieux insouciants,
Au son des mots : impermanence,
Souffrance, irréalité du soi et paix. (IV, 32)


De même, l’Omniprésent est libre de l’effort
Et des quatre autres points mais, de sa parole éveillée,
Il imprègne tous les êtres sans exception
Et enseigne le Dharma aux êtres fortunés. (IV, 33)


De même que le son du tambour
Des dieux émane de leurs actes,
De même, les enseignements que le Sage
A prodigués au monde émanent des actes de chacun. (IV, 34)


De même que sans effort, sans lieu, sans corps
Et sans esprit, le son du tambour établit la paix,
De même, sans effort, sans lieu, sans corps
Et sans esprit, ces enseignements établissent la paix. (IV, 35)


De même que dans la ville des dieux, le son du tambour
leur insuffle le don de l’intrépidité
Lorsque, sous l’effet de leurs affections, les dieux se jettent
dans la mêlée pour vaincre les antidieux ; et de même, encore,
que le tambour met fin à leurs jeux,
De même, dans notre monde, la concentration
du Sans-Forme et les autres vertus concourent à la cause
De l’expression de la voie suprême, laquelle écrase les affections
qui torturent les êtres tout en apaisant leurs souffrances. (IV, 36)


Universelle, bénéfique, source de bonheur,
Dotée du pouvoir des trois prodiges,
La voix du Sage est éminemment
Supérieure aux cymbales des dieux. (IV, 37)


Dans le monde des dieux, le son puissant du tambour
Ne tombe pas jusqu’aux oreilles des terriens.
Le tambour de la voix d’un bouddha résonne
Jusqu’aux mondes souterrains du saṃsāra. (IV, 38)


Dans le monde des dieux, les cymbales sonnent
Par millions pour exacerber les flammes du désir.
Les incarnations de la compassion n’ont qu’une seule voix
Qui fait tout pour éteindre à jamais les flammes de la souffrance.
(IV, 39)


Dans le monde des dieux, le son des cymbales dont la beauté se double
D’un charme exquis augmente l’agitation mentale habituelle.
La parole des tathāgatas, compassion incarnée, incite
À réfléchir et à méditer jusqu’au recueillement profond. (IV, 40)


En bref, dans toutes les sphères du monde sans aucune exception,
Chez les dieux comme ici-bas, toutes les matières à bonheur
Reposent entièrement, dit-on, sur cette voix mélodieuse
Que l’on perçoit, omniprésente, dans absolument tous les mondes.
(IV, 41)


De même que les malentendants
Ne perçoivent pas les sons subtils
Et que l’oreille divine elle-même
N’entend pas tous les sons, (IV, 42)


De même, les enseignements les plus subtils
Relèvent de la sagesse primordiale, fine aussi,
Mais ils atteindront seulement les oreilles
D’une poignée de sages libres d’affections. (IV, 43)


De même qu’en été les nuages
Sont des gages d’abondantes récoltes
Quand ils s’abattent sans effort
En trombes d’eau sur la terre, (IV, 44)


De même, des nuages de la compassion
Tombe sans la moindre pensée
La pluie des saints enseignements du Vainqueur
Qui promet aux êtres des moissons de vertus. (IV, 45)


De même que, le monde prenant le chemin de la vertu,
Les nuages nés du vent se répandent en pluies,
De même, pour accroître les vertus d’un monde
où souffle le vent de l’amour,
Des nuages de la bouddhéité tombe la pluie du vrai Dharma. (IV, 46)


Plein de connaissance et d’amour pour le monde,
Il trône au centre de l’espace, inaltéré par le changeant et l’immuable.
Les nuages du Seigneur des Sages, qui consistent en l’eau pure
des recueillements et des formules de mémoire,
Produiront des moissons de vertus. (IV, 47)


Fraîche, agréable, douce et légère,
L’eau qui tombe des nuages
Se charge d’un grand nombre de saveurs,
Comme le salé, au contact de la terre. (IV, 48)


De même, la pluie de l’octuple sentier des êtres sublimes
Qui jaillit des immenses nuées de la compassion
Aura autant de goûts différents
Qu’il y a de formes d’esprit chez les êtres. (IV, 49)


Ceux qui ont foi dans le véhicule suprême,
Ceux qui restent neutres et ceux qui lui sont hostiles
Forment trois groupes d’êtres comparables
À des êtres humains, des paons et des prétas (IV, 50)


À la fin du printemps, les hommes et les oiseaux
qui ne volent pas souffrent de l’absence des nuages,
Alors que les prétas pâtissent des pluies d’été qui s’abattent sur la terre.
De même, suivant que, des nuées de la compassion,
l’eau des enseignements jaillit ou non,
Ceux qui, dans les mondes, aspirent au Dharma
et ceux qui lui sont hostiles correspondent
aux éléments de la comparaison. (IV, 51)


Quand s’abattent sur la terre de grosses gouttes de pluie,
des pierres brûlantes ou des flammes de diamant,
Les nuages ne se soucient pas plus des petites bêtes
que de celles qui se sont réfugiées dans la montagne.
Les gouttes, des plus petites aux plus grosses,
qui tombent des nuages de l’amour et de la connaissance
Ne se soucient absolument pas des affections qu’elles purifient
ni de la tendance à voir un soi. (IV, 52)


Dans le cercle sans commencement des morts et des renaissances,
les êtres suivent cinq voies
Mais, de même qu’il n’y a pas de bonnes odeurs dans les excréments,
il n’y a jamais de bonheur dans les cinq destinées.
Cette souffrance permanente née de la rencontre
avec les armes, le feu, le sel et d’autres supplices encore
S’apaise quand, des nuées de la compassion, tombe
une abondante pluie de vrai Dharma. (IV, 53)


Comme ils ont compris que les dieux souffraient de la déchéance
[qui suit leur mort] et les hommes de la quête effrénée [du plaisir],
Les sages n’aspirent pas aux suprêmes pouvoirs des dieux
et des hommes.
Grâce à la connaissance supérieure et aux paroles du Tathāgata
qu’ils ont suivies avec foi,
Ils voient avec sagesse que « ceci est la souffrance,
cela en est la cause, et cela la cessation ». (IV, 54)


De même qu’il faut reconnaître la maladie et en éliminer la cause
En prenant des remèdes qui rétabliront la santé,
Il faut reconnaître la souffrance, en éliminer la cause
Et réaliser sa cessation en empruntant la voie. (IV, 55)


De même que, sans quitter son palais,
Brahma manifeste des apparences
De lui-même dans tous les lieux divins
Sans fournir le moindre effort, (IV, 56)


De même, sans quitter le corps absolu
Et sans effort, le Sage montre des apparences
De lui-même dans toutes les sphères
Aux êtres assez fortunés pour cela. (IV, 57)


De même que, sans jamais quitter son palais,
Brahma se manifeste dans le monde du Désir
À la vue des dieux et qu’à cette vision, ces derniers
se détournent des objets [de plaisir],
De même, sans quitter le corps absolu, le Bien-Allé s’introduit
dans toutes les sphères du monde
Où les êtres fortunés le voient, et cette vision leur permet
d’éliminer toutes leurs souillures à jamais. (IV, 58)


Par le pouvoir de ses propres souhaits antérieurs
Et celui des actes vertueux des êtres divins,
Brahma se manifeste sans effort. De même en est-il
Pour les corps d’apparition de celui qui est né de lui-même. (IV, 59)


Le départ [de Tuṣita], l’entrée dans la matrice, la naissance,
l’arrivée au palais de son père,
Les jeux de l’amour, la quête solitaire, le triomphe sur Māra,
L’obtention de l’Éveil le plus grand
et l’art de guider sur la voie de la paix
Quand il eut tout montré, le Sage disparut
de la vue des êtres infortunés. (IV, 60)


Le soleil brûle tout. Au même instant, le lotus et d’autres fleurs
S’ouvrent tandis que le nénuphar blanc se referme.
Ces [fleurs] nées de l’eau ont la qualité de s’ouvrir
et le défaut de se refermer,
Mais l’astre n’y pense pas : de même le soleil de l’être sublime. (IV, 61)


De même que, sans y penser,
En émettant soudain sa lumière,
Le soleil fait s’ouvrir les lotus
Et mûrir d’autres [plantes], (IV, 62)


De même, les rayons de vrai Dharma
Du soleil du Tathāgata
S’infiltrent sans la moindre pensée
Dans les lotus des êtres qu’il peut aider. (IV, 63)


Avec le corps absolu et les corps formels,
Le soleil de l’Omniscient qui s’élève
Dans l’espace de la quintessence de l’Éveil
Darde ses rayons de sagesse sur les êtres. (IV, 64)


Tous les êtres sensibles au Dharma du Bien-Allé
Sont comparables à des coupes d’eau pure
Où les innombrables reflets du soleil du Bouddha
Apparaissent tous au même instant. (IV, 65)


Au cœur de l’espace de la dimension absolue
Qui tout embrasse à jamais,
Le soleil du Bouddha brille sur les montagnes
Des disciples à proportion de leurs mérites. (IV, 66)


De même qu’en se levant le soleil répand sa lumière immense
Et ses rayons par milliers en éclairant tout
dans les mondes avant de se poser
Par paliers sur les montagnes les plus hautes,
les moyennes et enfin les plus basses,
De même, le soleil du Vainqueur brille progressivement
sur tous les êtres. (IV, 67)


Le soleil ne rayonne pas jusqu’au fond de l’espace dans tous les univers
Et il ne peut même pas montrer le sens d’un objet
retenu sous les ténèbres de l’ignorance.
La compassion incarnée éclaire tout et montre aux êtres
le sens des choses
Avec des lumières rayonnant de toutes les couleurs. (IV, 68)


Quand le Bouddha se rend au village, les individus
privés de la vue voient.
Libérés de toute chose insensée, ils voient le sens et,
mieux, ils l’éprouvent.
Aveuglés par l’ignorance, les êtres aux prises avec l’océan des existences
sont enveloppés par les ténèbres des vues fausses,
Mais, à la lumière du soleil d’un bouddha, ils verront
ce que leur esprit ne pouvait pas voir jusque-là. (IV, 69)


De même que le Joyau magique,
Exauce chacun de tous les désirs
De ceux qui se trouvent dans sa sphère
Instantanément et sans y penser, (IV, 70)


De même, quand ceux dont les désirs diffèrent
S’en remettent au Joyau magique du Bouddha,
Ils entendent toute une variété d’enseignements
Dont le Bouddha n’a pas conçu le moindre. (IV, 71)


De même que le Joyau magique procure
Sans effort ni pensée les richesses désirées,
Le Sage restera dans le monde tant que celui-ci durera,
Pour le bien des autres, sans effort
et à proportion de leurs mérites. (IV, 72)


De même que, pour qui le désire en ce monde,
Il est difficile de trouver le bon Joyau dans l’océan ou sous la terre,
Il faut de même savoir que, pour l’infortuné
dont l’esprit est pris par les affections,
La vision du Bouddha est chose difficile. (IV, 73)


De même que le son de l’écho,
Qui jaillit de la perception des êtres
N’a pas de pensées, n’est pas fabriqué
Et ne se tient pas plus dedans que dehors, (IV, 74)


De même, la parole des bouddhas,
Qui jaillit de la perception des êtres,
N’a pas de pensées, n’est pas fabriquée
Et ne se tient pas plus dedans que dehors. (IV, 75)


Immatériel, inapparent,
Introuvable, sans appui,
Bien au-delà du visible,
Sans forme, impossible à montrer, (IV, 76)


Et pourtant vu là-haut ou là-bas,
L’espace n’est ni haut ni bas.
De même, le Bouddha n’est pas
Comme tout ce que l’on peut voir de lui. (IV, 77)


De même que tout ce qui naît de la terre
Prend appui sur la terre, qui n’a pas de pensées,
Pour croître, se renforcer et s’épanouir, (IV, 78)


De même, prenant appui sur la terre
Du parfait Bouddha, laquelle n’a pas de pensées,
Les racines de bien des êtres
Croîtront toutes sans exception. (IV, 79)


Comme on n’a jamais vu d’activité
S’accomplir sans le moindre effort,
Neuf exemples ont été enseignés
Pour trancher les doutes des disciples. (IV, 80)


Ces neuf exemples
Ont été présentés en détail
Dans un soûtra dont le nom
Seul évoque le propos. (IV, 81)


Parés de l’immense éclat lumineux
De la connaissance issue de l’étude,
Les sages accéderont vite à toutes
Les sphères d’activité des bouddhas. (IV, 82)


Le reflet d’Indra sur un sol de lapis-lazuli
Et huit autres exemples
Ont été donnés à cette fin,
Dont on retiendra le résumé : (IV, 83)


Apparition, parole, omniprésence,
Manifestation, rayonnement de la sagesse,
Secrets de l’esprit, de la parole et du corps,
Et obtention d’une nature compatissante. (IV, 84)


L’esprit éveillé, où tous les flots de l’effort
Se sont calmés, n’a aucune pensée
Comme l’apparition du reflet d’Indra sur le sol
De lapis-lazuli immaculé et ainsi de suite. (IV, 85)


L’apaisement de l’effort constitue la thèse ;
L’absence de pensées dans l’esprit, la preuve ;
Et pour l’indiscutable conclusion du sujet de discussion,
Le reflet d’Indra et les huit autres comparaisons. (IV, 86)


Voici le sens du présent chapitre
L’apparition et les huit autres cas
Opèrent sans que l’Instructeur, libre de la naissance
Et de la mort, ne fasse d’efforts. (IV, 87)


Ce qui, tant que dure le monde, accomplit le bien des autres
Sans effort – comme Indra, le tambour, les nuages,
Brahma, le soleil, le précieux roi des Joyaux magiques,
L’écho, l’espace et la terre –, tout cela, les yogis le connaissent. (IV, 88)


[L’Instructeur] est comparable au reflet d’Indra
dans une pierre précieuse.
Comme le tambour des dieux, il excelle à instruire.
Les nuées d’amour et de connaissance de l’omniprésent seigneur
Enveloppent l’infinité des êtres jusqu’au sommet du devenir. (IV, 89)


Tel Brahma, il se manifeste dans de multiples apparitions
sans quitter son séjour immaculé.
Comme le soleil, il rayonne de l’éclat de la sagesse
Et son esprit éveillé ressemble au très pur
et très précieux Joyau magique. (IV, 90)


Comme l’écho, la parole des Vainqueurs se passe de mots.
Semblable à l’espace, leur corps est omniprésent,
dépourvu de forme et permanent.
Pareil à la terre, le niveau de bouddha est toujours
Le fondement de tous les remèdes favorisant
les qualités pures des êtres. (IV, 91)


La cause de la vision d’un bouddha n’est autre
Qu’un esprit qui a la pureté du lapis-lazuli.
Cette pureté vient du pouvoir accru
D’une confiance irréversible. (IV, 92)


La vertu apparaissant et disparaissant,
La forme des bouddhas apparaît et disparaît.
Comme Indra, le corps absolu du Sage
N’apparaît ni ne disparaît. (IV, 93)


Ainsi, tant que le monde durera,
[Le Sage] apparaîtra et exercera ses activités
Sans effort à partir du corps absolu
Qui ignore la naissance et la cessation. (IV, 94)


Ce résumé des activités en neuf comparaisons
Est donné dans un ordre tel
Que les inexactitudes d’une comparaison
N’apparaissent plus dans la suivante. (IV, 95)


Le Bouddha est comparable à un reflet
Mais il en diffère car les reflets n’ont pas de voix.
Il est comparable au tambour des dieux mais en diffère
Parce que les tambours ne font pas le bien en tout lieu. (IV, 96)


Il est comparable à un grand nuage mais en diffère
Parce que les nuages n’éliminent pas les graines inutiles.
Il est comparable au Grand Brahma mais en diffère
Parce que Brahma ne fait pas mûrir à jamais. (IV, 97)


Il est comparable au soleil mais en diffère
Parce que le soleil ne vainc pas les ténèbres une bonne fois pour toutes.
Il est comparable au Joyau magique mais en diffère
Parce qu’il n’est pas difficile de trouver ce joyau. (IV, 98)


Il est comparable à l’écho mais en diffère
Parce que l’écho est un phénomène conditionné.
Il est comparable à l’espace mais en diffère
Parce que l’espace n’est pas le terrain des vertus. (IV, 99)


Comme il forme le fondement où se tiennent
Toutes les perfections mondaines
Et supramondaines sans la moindre exception,
On le compare au cercle de la terre. (IV, 100)


Comme la voie supramondaine se présente
Par le fait de l’Éveil des bouddhas,
La voie des actes vertueux, les concentrations,
Les immensurables et le Sans-Forme se présentent aussi. (IV, 101)


Ici prend fin le quatrième chapitre, « Les Activités éveillées des tathāgatas »
du Traité de la Continuité suprême du Grand Véhicule, analyse de la filiation
spirituelle des Trois Joyaux.


V - LES BIENFAITS DU PRÉSENT ENSEIGNEMENT

L’Élément des bouddhas, l’Éveil des bouddhas,
Les qualités des bouddhas et les activités des bouddhas
Sont inconcevables même pour les êtres purs.
Ils relèvent de la sphère de nos guides. (V, 1)


Les sages qui aspirent au domaine des Vainqueurs
Seront les réceptacles de toutes les qualités éveillées ;
Comme toutes ces inconcevables qualités les réjouissent,
Leurs mérites éclipsent ceux de tous les autres êtres. (V, 2)


Imaginez un être attiré par l’Éveil qui offrirait constamment
aux souverains du Dharma,
Jour après jour, des champs d’or incrustés de joyaux
en nombre égal aux atomes de tous les champs de bouddhas.
Imaginez maintenant un autre être qui n’aurait entendu
qu’un seul mot [du présent traité] et qu’en l’entendant il y ait cru
Cet être en tirera beaucoup plus de mérites qu’on en tirera
de la vertu de générosité [ci-dessus évoquée]. (V, 3)


Il y a des êtres intelligents qui, aspirant à l’Éveil suprême,
observent sans effort,
Durant d’innombrables ères, une parfaite discipline
du corps, de la parole et de l’esprit ;
Et il y en a d’autres qui n’entendent qu’un seul mot
[du présent traité] et qui, l’entendant, y croient
Ces derniers en tireront beaucoup plus de mérites
qu’on en tirera de la vertu de discipline [ci-dessus évoquée]. (V, 4)


Il y a ici-bas des individus qui pratiquent les concentrations
qui éteignent le feu des affections dans les trois mondes,
Et, arrivés au terme du domaine des dieux et de Brahma,
cultivent les immuables méthodes de l’Éveil parfait.
Il y en a d’autres qui n’entendent qu’un seul mot
[du présent traité] et qui, l’entendant, y croient
Ceux-là en tireront beaucoup plus de mérites
qu’on en tirera de la vertu de concentration [ci-dessus évoquée]. (V, 5)


La générosité ne fait qu’assurer les richesses matérielles ;
La discipline ne conduit qu’à une renaissance heureuse ;
Et la méditation ne peut que repousser les affections
La connaissance les surpasse toutes parce qu’elle élimine
les voiles émotionnel et cognitif, et qu’elle a pour cause
la présente étude. (V, 6)


La base, sa transformation, ses qualités
Et le bien qu’elle accomplit : ces quatre objets
De la connaissance des Vainqueurs
Ont été expliqués dans le présent traité. (V, 7)


Les êtres intelligents, confiants dans l’existence,
Les capacités et les qualités de cette base,
Auront sans tarder la bonne fortune
D’atteindre l’état de tathāgata. (V, 8)


« Cet objet inconcevable existe bien ;
Mes semblables et moi, nous pouvons l’atteindre ;
Le fait de l’atteindre possède telles et telles excellences »
Ces êtres sont animés d’une aspiration dictée par la foi, (V, 9)


Et l’esprit d’Éveil – réceptacle de détermination,
De persévérance, de mémoire, de concentration,
De connaissance et d’autres qualités encore –
Les accompagne toujours. (V, 10)


Comme [l’esprit d’Éveil] les accompagne toujours,
Les enfants des Vainqueurs ne régressent jamais.
Ils accomplissent les vertus liées aux mérites
Et les conduisent à leur pleine pureté. (V, 11)


Ils n’ont aucune idée des trois pôles de l’acte
Quand ils s’adonnent aux cinq vertus liées aux mérites,
Si bien que pour parfaire et purifier,
Il leur suffit d’écarter les facteurs contraires. (V, 12)


Le mérite né du don, c’est la générosité,
Et le mérite né de la moralité, la discipline ;
La patience et la concentration sont toutes deux
des effets de la méditation.
La persévérance peut s’appliquer à toutes. (V, 13)


La pensée qu’un acte ait trois pôles
Peut définir le voile cognitif.
De l’avarice et des autres pensées,
On dit qu’elles forment le voile émotionnel. (V, 14)


Il n’y a que la connaissance qui puisse
Éliminer les deux voiles. C’est pourquoi
La connaissance est suprême.
Sa racine étant l’étude, l’étude est suprême aussi. (V, 15)


J’ai donné ces explications en m’aidant de textes
et de raisonnements dignes de confiance
Dans la seule intention de me purifier moi-même.
Je l’ai fait aussi pour prendre soin des êtres dont l’intelligence
Est dotée de la parfaite vertu de l’aspiration. (V, 16)


De même qu’à la lumière d’une lampe, d’un éclair, d’un joyau,
Du soleil ou de la lune, ceux qui ont des yeux voient,
De même, j’ai donné toutes ces explications par la grâce du Sage
qui répand sa lumière
Sur les enseignements, leur sens, leur expression verbale
et l’assurance du discours. (V, 17)


Une parole pourvue d’un sens et liée au Dharma
Qui tend à chasser les affections des trois mondes
Et montre les bienfaits de la paix : telle est
La parole du grand Sage. Ses contraires sont autres. (V, 18)


Ce que, relevant uniquement des enseignements du Vainqueur,
Un esprit libre de distraction explique
En accord avec la voie qui mène à la libération,
On le porte au sommet de sa tête comme la parole du Sage. (V, 19)


Personne au monde n’est plus sage que le Vainqueur,
Nul autre que lui n’a l’omniscience qui connaît avec exactitude
la totalité des choses et leur suprême réalité.
Aussi ne faut-il pas mélanger les soûtras disposés par le Sage lui-même
Car, en détruisant la méthode du Sage,
on nuirait gravement au vrai Dharma. (V, 20)


Avec leurs vues d’attachement, les ignorants
qu’aveuglent leurs affections
Bafouent les êtres sublimes et dénigrent leurs enseignements.
N’allez donc pas souiller votre esprit à ces vues d’attachement
On teinte le tissu propre et non les tissus tachés de graisse. (V, 21)


Le manque d’intelligence comme d’aspiration à la vertu,
le maintien d’une fierté mal placée,
Une nature obscurcie par la pauvreté en vrai Dharma,
la confusion du sens provisoire et du sens définitif,
L’appât du gain, le pouvoir des opinions, la fréquentation
de ceux qui déprécient le Dharma,
L’éloignement des détenteurs du Dharma et le manque d’aspiration
voilà dix raisons qui privent de l’enseignement
des Destructeurs de l’Ennemi. (V, 22)


Plus que le feu, le poison d’un terrible serpent, l’assassin ou la foudre,
Les sages craindront le déclin des enseignements profonds.
Le feu, le serpent, l’ennemi et la foudre ne font que prendre la vie ;
Ils ne conduisent pas dans l’effroyable destinée
des Tourments Insurpassables. (V, 23)


L’individu qui, influencé par ses fréquentations malsaines,
a eu de mauvaises pensées à l’endroit du Bouddha,
A commis l’inadmissible en tuant son père, sa mère ou un arhat,
et qui crée un schisme dans l’assemblée suprême,
Celui-là aussi s’affranchira vite de ces [crimes]
dès lors qu’il réfléchira vraiment à l’essence du réel.
Mais comment se libérera celui qui hait le Dharma ? (V, 24)


Par les vertus que j’ai acquises en expliquant correctement
les sept points du présent traité –
Les Trois Joyaux, l’Élément purifié, l’Éveil immaculé,
les qualités et les activités éveillées –,
Puissent les êtres voir le sage Amitāyus, détenteur de l’infinie lumière,
Et, l’ayant vu, atteindre l’Éveil suprême
grâce à la pureté de l’œil du Dharma ! (V, 25)


Quatre strophes expliquent
Sur quelle base, pour quelles raisons,
Sur quel mode a lieu l’explication,
Ce qui en est l’objet et ce qui lui correspond. (V, 26)


Deux strophes enseignent les moyens
De se purifier soi-même. Une strophe
Donne les causes du déclin, dont les effets
Occupent les deux strophes suivantes. (V, 27)


L’expression résumée des qualités de patience
Dans le maṇḍala de l’entourage et de l’obtention
De l’Éveil, qui sont les deux aspects du fruit,
Font l’objet de la dernière [strophe]. (V, 28)


Ici prend fin le cinquième chapitre, « Les bienfaits », du Traité de la
Continuité suprême du Grand Véhicule, analyse de la filiation spirituelle des
Trois Joyaux.


Colophon
Traduit par le paṇḍita et grand érudit Sajjana, petit-fils du brahmane
Ratnavajra, grand érudit de la cité d’Anupamapura, et par le traducteur et
moine bouddhiste Lodèn Shérab, dans l’Incomparable Cité.


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